Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

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Money




Il y a, en France, une idée très commune, partagée par la plupart des politiciens (de Sarkozy à Besancenot), et que seuls quelques journalistes ou économistes libéraux contestent encore : à savoir que l’aspect financier qui s’impose de plus en plus dans l’économie actuelle serait une « dérive », et que l’on pourrait opposer « l’économie réelle » (celle des entreprises et des travailleurs qui créent de la richesse) à « l’économie virtuelle » (celle des banquiers et des financiers). Cette idée est si répandue que ceux qui se disent« anti-libéraux » se focalisent sur les aspects financiers du capitalisme sans comprendre que le système est un tout. N’importe quel échange économique, même ceux d’une petite coopérative indépendante, est tout autant conditionné par l’ensemble du capitalisme que ceux de la firme Coca-Cola ou des marchés mondiaux. Il n’y a aucune différence à faire entre eux car ils supposent tous l’existence de la totalité capitaliste matérialisée dans son équivalent universel : l’argent.

Ce qu’on appelle actuellement la « financiarisation de l’économie » n’est que l’expression sous une forme financière des impasses structurelles du mode de production capitaliste. Marx avait déjà souligné, par sa fameuse formule A – M – A’, que la dynamique du capital lui impose une croissance sans limite. Ce que cette formule signifie, c’est que la fonction de la monnaie comme intermédiaire des échanges a été supplantée par sa fonction de représentation et de réserve de la valeur. En vérité avec cette formule on peut déjà comprendre que la monnaie est devenue l’être même du capital. La monnaie incarne le capital parce que ce qui fait le fond du capital (la nécessité de l’accroissement sans fin de la valeur) s’y exprime immédiatement. A présent que la monnaie est devenue autre chose qu’une marchandis, à la formule A – M – A’ s’en ajoute une seconde, bien plus signifiante encore. De l’équation actuelle de la monnaie, on déduit que celle-ci a cessé d’être la contrepartie d’un métal lui-même marchandise pour n’être plus que la représentation d’un crédit, autrement dit d’un pari sur l’accroissement de la production marchande à venir. Ce n’est plus seulement la nécessité d’un A’ supérieur à A qui exprime le déséquilibre fondamental du capital comme accroissement constant de la valeur. C’est l’incarnation même de la valeur, la monnaie, qui ne peut plus valoir que dans la mesure où la valeur s’accroît à l’infini.

Comme il n'en ira pas toujours ainsi, non seulement sous l’effet éventuel des limites internes à ce qu’est la valeur mais aussi sous l’effet de ses limites externes (ce monde est fini et on le voit tous les jours dans l’épuisement du monde naturel à soutenir les exigences du capitalisme), un jour viendra où apparaîtra l’impossibilité de la croissance infinie de la valeur. Ce jour verra la monnaie s’effondrer purement et simplement, et cet effondrement ne sera pas le signe d’une simple crise «financière » ou « économique ». Cette crise sera véritablement une crise du rapport social dans la mesure où elle exprimera concrètement l’impossibilité de croire plus longtemps dans l’éternisation du mode de production capitaliste.
 
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Commentaires
1.   Léo,  mardi 9 septembre 2008 à 16:34


J'ai l'impression que pour compenser la chute des taux de profits, le système capitaliste a trouvé de solides parades par expansion, c'est-à-dire en créant de nouveaux territoires (soit en "marchandisant" ce qui ne l'était pas, soit en englobant de plus en plus), en gros ça donne les guerres, les privatisations, les formes de mises au travail...

Certes, le monde est fini, les ressources du monde naturel itou, mais les ressources humaines ne semblent pas inextinguible, et la capacité prédatrice du capital est sidérante dans ce domaine.

Enfin, la monnaie est garantie par le pouvoir, il n'y a pas de monnaie sans État (lato senso), et le crédit porté à la monnaie n'est pas seulement un pari sur la croissance mais aussi une confiance dans un gouvernement.

Le système tombera-t-il tout seul ? Je m'inquiète de voir la tronche du remplaçant, si ce n'est pas nous qui précipitons sa chute, en créant les conditions d'une nouvelle anthropologie.

Bien à toi !

 
2.   A.D.ndd,  jeudi 11 septembre 2008 à 20:03

salut,

Je ne pense pas qu'il faille parier sur un épuisement ou/et une destruction-bien réels- de la nature: l'homme est remarquablement adaptable. Je suis de l'avis de Léo: ceux qui ont le pognon, l'oseille, la thune, le flouze, les leftas et le stock de stock options, les exploiteurs et les vassaux produisent un monde où ils sont à l'aise...Qui ne voudrait échanger une vie de salarié,(nul besoin de forcer le trait, mais , en la matière il y a toujours pire) contre celle d'une idole des médias, un patron de ceci cela, un actionnaire picsou, plein aux as?
Il va falloir savoir se montrer persuasifs.
et un rien fou?
Sans crédit pas de crédo nom de deux!
A.D.

 
3.   A.D.ndd,  mardi 16 septembre 2008 à 10:32

Et sans crédo pas de crédit
V'là la récession, pis qu'en 29( bien sûr), c'est quand la décapitalisation? Tout cela est bel et bon, mais rien à craindre pour les françois, qu'on se le dise et qu'on s'en imprègne : la Phranse sera à l'abri et der Grosse Reich idem, c'est ce que disait hideuse Lagarde( à moi! c'est le crédit qui fuit!).
Ca n'en finit pas de finir.
cordial, A.D.ndd

 
4.   Karl Marx,  mardi 16 septembre 2008 à 17:37

Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, cette société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées... Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l'existence de la société bourgeoise.

 
5.   Léon de Mattis,  samedi 20 septembre 2008 à 12:02

Le système financier mondial a failli s'écrouler. Ne nous y trompons pas: ce n'est que partie remise. Le sauvetage actuel repose sur la croyance en la capacité de l'Etat américain à maintenir la valeur de la valeur. Que cette croyance s'effondre, et le système périt. Voici, six mois avant la crise actuelle, ce que j'écrivais déjà dans "Mort au capital": "La valeur s’est si vivement et si complètement dispersée dans le capitalisme contemporain que, croyant encore pouvoir la trouver partout, on découvrira d’un coup qu’elle n’est plus nulle part. La monnaie marchandise a pratiquement disparu au cours du XXe siècle, ne subsistant qu’à l’état symbolique de référence à l’idéal monétaire. Quatre siècles de domination absolue du monde marchand on fait de la foi en la monnaie le substrat de la valeur. Mais l’argent est aujourd’hui comme le droit divin à la fin de l’Ancien Régime: c’est parce qu’on n’en n’imagine pas la fin qu’il se perpétue encore. L’argent est le Louis XVI de notre temps."

 
6.   A.D.ndd,  samedi 20 septembre 2008 à 19:43


Salut, j'aurai plutôt l'impression que la crise actuelle s'intensifie : les usa sont déjà très lourdement endettés, tout cet empilement paraît branler et vaciller. Il y a un risque-Bush dixit- et un très grand risque d'effondrement, en fait je suppose une crise larvée longue et systémique, à épisodes, peut-être que les marchés vont s'enthousiasmer quelque temps avec le plan de sauvetage, mais je ne suis pas sûr du tout que cela dure ni suffise,
empiriquement, subjectivement
A.D

 
7.   A.D.ndd,  jeudi 25 septembre 2008 à 14:20

Si la parade à la chute tendancielle des taux de profit par extension-intensification de l'extraction de plus-value et compression de la part salariale est- ou a été- efficiente c'est que la période s'y prêtait grâce à la réponse programmatique de défense de la classe, cette réponse n'est plus de mise. L'endettement de la population reflète cette impossibilité d'affirmer des intérêts de classe :les salariés se paupérisent, ils sont débiteurs. Il y a là un face à face où se joue la reproduction de l'un(banques, système..) comme de l'autre(salariés), il va falloir payer pour continuer à payer et pouvoir être payé afin de payer.
Le déplacement de la faillite financière vers les états, et surtout le plus puissant et le plus endetté des états, fait peser la menace d'un effondrement universel de la valeur, d'une décapitalisation faramineuse vu les quantités exhorbitantes concernées par les anticipations spéculatives- j'ai lu quelque part- faut vérifier- que sur 100$ en circulation dans le monde, 2$ servent à payer des biens ou services, 98$ sont liés aux opérations spéculatives...
Pour résumer: il est possible que les modalités qui oeuvraient à contrecarrer la chute du taux de profit soient devenus des moteurs de cette tendance. La limite a été atteinte quant aux possibilités d'extension du crédit, et du même coup à la compression de la part salariale.
Salutations: A.D.

 
8.   A.D.ndd,  jeudi 16 octobre 2008 à 10:13

AVE money ceux qui meurent pour toi
ne te saluent pas,
Selon le Canard enchaîné il apparaît que présentement le risque financier est en train de se transmettre aux Hedge Funds, et aux CDS (sorte s'assurance sur le crédit), ceux-ci s'élèvent à 50 000 milliards US $... Là, il faudra s'y mettre pour renflouer, casser les tirelires ne sera pas probablement suffisant...
Quelle crise Baby! Surtout que la récession risque d'être sévère et longue (3 millions chômeurs en G.B. d'ici 2010 dixit Canard ), les années qui viennent vont être terribles et formidables, ou incroyables et merveilleuses, vous vous y connaissez en survie dans un milieu, disons, hostile?

Le Kapital est sous perfusion, les tracés plongent et rebondissent, puis yoyo, piquent à nouveau du nez ; l'euthanasie serait charitable. Débranchons le zombie Kapital !

Et follement raisonnables, transformons tous les signes monétaires, les titres, les actions, et tutti quanti en confettis...que la fête commence!( mais attention aux modérantistes, gaffe aux arrangistes, ils veulent redistribuer )

La vie s'écoule la vie s'enfuit les jours défilent au pas de l'ennui parti des rouges, parti des gris, nos révolutions sont trahies (Chanson des mineurs Belges )

Bonjour chez vous

 
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