Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

Querelle de chiffres :: Merde aux présidentielles

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Quand on a voté on ferme sa gueule


On a objecté à ma dernière chronique que, si les pourcentages dont j’ai parlé étaient vrais pour 1995 , il n’en allait pas de même en 2002. Et en effet en effet, avec 82,21 % des suffrages exprimés, Chirac a obtenu la voix d’un peu plus d’un Français sur deux en âge de voter. Mais la période ouverte après le 21 avril 2002 était tout simplement extraordinaire. Une véritable hystérie s’empara des leaders de la gauche et tous, à part Arlette Laguiller, se sont précipités pour appeler à voter Chirac. L’épouvantail de l’extrême droite pu alors remplir parfaitement son rôle, qui est celui de sauver la démocratie : celle-ci, malgré ses défauts, apparaît quand même moins terrible que le masque grimaçant du leader d’extrême droite. En France, le chantage démocratique a un nom : celui de Jean-Marie Le Pen.




Le résultat, c’est qu’il est impossible de savoir, sur ces 82 % de personnes qui ont voté pour Chirac, combien approuvent véritablement sa politique : car la seule manière d’empêcher Le Pen d’arriver au pouvoir était de favoriser la victoire de son rival. L’exemple de 2002 est caricatural mais il permet de comprendre en quoi le vote n’est pas l’expression de la « volonté » de ceux qui votent. Quand l’offre politique se résume à Le Pen ou à Chirac, où se trouve le choix ? Entre la corde ou le fusil, quelle est votre préférence ? La démocratie respecte la volonté de l’électeur comme le bourreau respecte les dernières volontés du condamné à mort.




Pourtant, beaucoup ont cédé au chantage que la démocratie a exercé sur eux, et sont voter pour le leader de la droite « modérée » . Tous ces gens de gauche qui ont voté pour Chirac, que peuvent-ils dire à présent des réformes conduites par la majorité présidentielle ? En toute logique démocratique, n’en sont-ils pas eux aussi responsables, puisque c’est sous l’autorité de celui pour qui ils ont voté qu’elles adoptées? Ces mêmes qui faisaient la leçon aux abstentionnistes en 2002 sont-ils prêts aujourd’hui à reconnaître que les atteintes aux libertés commises par Sarkozy et par Perben ont été faites grâce à leur consentement ?

On prétend parfois que ceux qui n’ont pas voté n’auraient pas le droit de se plaindre : il semblerait plutôt que seuls ceux qui sont abstenus au deuxième tour de la présidentielle de 2002 ne sont pas aujourd’hui responsables du gouvernement qui, sous l’autorité de Chirac, pourchasse les enfants de sans-papiers dans les écoles, les collèges et les lycées.

Bien plus que l’abstention, c’est le vote qui fait du citoyen le complice des infamies du pouvoir.
 
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Commentaires
1.   Schiele,  samedi 16 décembre 2006 à 14:31

Complice par contrainte...
L'absention n'en est pas moins une faute: ce désintérêt pour la politique est dangereux. C'est ainsi que naît le despotisme étatique, c'est le début de la servitude volontaire.

 
2.   Kamui,  lundi 18 décembre 2006 à 02:23

Ce qui ne va pas c'est que les abstentions ne sont pas prises en compte. Pour ma part, en 2002, j'étais abstentioniste au premier tour (oui en vacances) et j'ai voté Chirac au second (j'estime que je n'avais plus le choix); donc d'après vos dires je suis deux fois coupable!
Je regrette encore ce qu'il s'est passé en 2002, mais j'assume mes actes, les dates ayant été changées unilatéralement.
Je trouve que vous avez retourné le débat un peu facilement: le seul coupable c'est notre président qui n'a en rien cherché à comprendre sur le pourquoi du vote des français, peu importe les chiffres que vous mentionnez. De là à accuser ceux qui votent, à qui on impose des candidats, moi je dis vous faites trés fort!!!
En reprenant votre exemple, c'est le condamné qui serait coupable de choisir alors que le choix serait fait pour lui autrement? Non le coupable c'est celui qui décide de sa peine.

 
3.   marie-claude,  mardi 19 décembre 2006 à 07:41

Que ce soit de gauche, de droite, du centre, de ce que vous voulez, ceux qui se présentent et dépensent tant de frics pour pouvoir avoir la place bien au chaud m'indiffère.
Je les regarde passer comme des moutons à qui on a oublié de donner de l'eau.
La place à la présidentielle (ils la veulent) non pour aider le peuple ou le pays comme vous voulez, mais pour avoir tout simplement la garantie financière que nous nous n'aurons jamais et surtout se pavanner et profiter outrageusement de notre argent car c'est l'état (donc nous) qui leur payons tout ça. Des vacances bien payées ils se prennent avant l'heure.
J'aurai encore des choses à dire mais ça prendrai un livre entier.
La misère, la maladie, l'oublie de ceux que l'on considère comme de la merde, là il faudrait bouger mais la vie m'a appris à ne plus y croire.

 
4.   Bart,  mercredi 20 décembre 2006 à 21:18

Intéressante et fine analyse, une précision: Laguiller n'est pas seule à n'avoir pas appelé à voter Chirac au 2é tour, Gluckstein (PT) l'a fait aussi.
En tous cas, 2007 nous prépare un beau bordel, avec deux omniprésents partout, qui sortent par les yeux de tout le monde !

 
5.   Cobab,  vendredi 22 décembre 2006 à 18:31

Le problème de cette critique, c'est qu'elle reprend à son compte d'une certaine manière la conception mystique de l'election et de la représentation, en affirmant que le vote Chirac signifie mon mon acceptation de ce qu'il fera ensuite ; J'ai pas mal hésiyé pour ma part et ai fini par être convaincu de le faire par Tévanian sur l'argument : plus le score du FN sera important, plus Chirac fera sa politique. Un argument donc uniquement tactique (partiellement, mais seulement partiellement, démenti ensuite). Lire ici :

lmsi.net/article.php3?id_...

 
6.   jujofer,  lundi 15 janvier 2007 à 12:16

"Chaque pays a le gouvernement qu'il mérite"

 
7.   loup,  mardi 23 janvier 2007 à 15:09

«Tous ces gens de gauche qui ont voté pour Chirac, que peuvent-ils dire à présent des réformes conduites par la majorité présidentielle?»

Désolé, mais les "réformes" et la "majorité" relèvent d'abord, en France, du Parlement. Ce n'est pas parce que j'ai voté Chirac au 2e tour que j'ai voté UMP aux législatives... Donc je peux dire ce que je veux des réformes et je ne m'en sens pas franchement responsable.
Enfin c'est un détail, pour le reste tes analyses sont intéressantes. Merci.

 
8.   Anselme,  mardi 23 janvier 2007 à 20:34

Pour répondre à Loup qui écrit:
"Désolé, mais les "réformes" et la "majorité" relèvent d'abord, en France, du Parlement. Ce n'est pas parce que j'ai voté Chirac au 2e tour que j'ai voté UMP aux législatives... Donc je peux dire ce que je veux des réformes et je ne m'en sens pas franchement responsable."

Mais la majorité présidentielle est une réalité politique en France, et même si formellement en effet c'est le Parlement qui vote les lois il est certain que la politique de Sarkozy et de Perben a été rendue possible par l'election de Chirac au poste de président de la République.

 
9.   XAW,  jeudi 8 février 2007 à 16:04

"Le résultat, c’est qu’il est impossible de savoir, sur ces 82 % de personnes qui ont voté pour Chirac, combien approuvent véritablement sa politique "

si, il est tres facile de le savoir. il sufit de regarderson score du premier tour: 5,5 milions de voies.... je ne me rappelle plus du pourcentage, mais peut importe. en nombre absolu c'est es peu !

 
10.   les tite pousse,  dimanche 22 avril 2007 à 17:11

il s´est deja pris une barre en 2002alors pourquoi pas maintenant

 
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