Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

L’abstention :: Quand on a voté on ferme sa gueule

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Querelle de chiffres

L’abstention est le fait de ne pas prendre part à un vote : que l’on soit inscrit sur les listes électorales ou non ne change rien à l’affaire. Quelqu’un qui, soit par désintérêt ou négligence, soit par choix politique, ne se fait pas recenser en mairie pour exercer son droit de vote s’abstient par définition de l’exercice de ce droit : son cas ne diffère pas essentiellement de celui qui, le jour du vote, a préféré ne pas se déplacer alors qu’il est régulièrement inscrit. Le taux d’abstention, pourtant, n’est que le rapport entre le nombre d’inscrits sur les listes électorales et les électeurs qui se sont déplacés : en France, les non-inscrits ne sont jamais comptabilisés. Les bulletins blancs ou nuls ne viennent pas non plus gonfler les chiffres de l’abstention, mais pourtant les pourcentages attribués aux différents candidats n’en tiennent pas compte : ceux-ci sont toujours calculés exclusivement par rapport aux suffrages exprimés. Il va sans dire que ces modes de calculs ont pour objet de présenter les choses sous le meilleur jour démocratique.

L'exemple des élections présidentielles de 1995 est particulièrement éclairant. Avec 15 763 027 voix, Jacques Chirac a obtenu 52,64 % des suffrages exprimés. Rapporté au nombre d’inscrits, ce pourcentage chute déjà lourdement pour ne plus atteindre que les 39,43 %.. Mais qu’en est-il si on s’intéresse également aux non-inscrits ?




Il est extrêmement difficile de savoir combien de personnes ne sont pas inscrites sur les listes électorales. Le ministère de l’intérieur reconnaît du bout des lèvres à peu près deux millions de non-inscrits : c’est un chiffre manifestement sous-évalué. On peut plutôt l’estimer, en retranchant de la population totale française, territoires d’outre-mer compris, les étrangers et les moins de dix-huit ans, à quelque chose comme environ cinq millions d’individus. Un certain Rachid Nekkaz, par ailleurs candidat aux prochaines élections présidentielles, arrive à peu près à ce même chiffre:

Dans cette hypothèse, Chirac n’a obtenu, en 1995, qu’un pourcentage de 34,8 % d’adhésion à sa personne. Un petit peu plus du tiers. Comment dire alors que le président de la République est « le président de tous les Français » quand il n’en « représente » que le tiers ? Pour paraphraser un autre président de la République, ce sont « deux Français sur trois » qui n’ont pas choisi Chirac en 1995 : et pourtant ces « deux Français sur trois » ont dû le subir eux aussi de 1995 à 2002, sans que la « démocratie » ne tienne compte, en aucune manière, de leur incontestable majorité.



 
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Commentaires
1.   Nadatur,  lundi 11 décembre 2006 à 15:16

Ok pour 1995, mais en 2002 Chirac a obtenu presque 80% des suffrages si je me souviens bien...

 
2.   bob,  jeudi 14 décembre 2006 à 10:39

80%, mais te souviens-tu pourquoi ? Les 80% ne peuvent pas etre attribués à l'adésion à chirac, mais au refus du candidat opposé.
2/3 des francais n'ont pas choisi chirac ne veut pas dire que 2/3 des francais ont choisi de ne pas vouloir chirac.
Pour ce qui est de la présentation des résultats : c'est vrai que les votes blancs (un vote blanc est un vote, donc une expression) ne sont JAMAIS divulgés dans les médias.
Ce qui signale bien l'autisme des politiciens, et le refus de faire face à la réalité de l'oponion public qui croit de moins en moins à la représentation de ses idées par les hommes politiques de plus en plus stratosphériques...

 
3.   navajo,  lundi 18 décembre 2006 à 10:44

Soit, les failles de ce système sont probantes. Un public de plus en plus large se désintéresse du spectacle politique et c'est un mieux. Le sort des nations ne reposent que sur la terreur économique que dispense une caste élitiste et conservatrice dont les politiques sont les valets.Ces évidences étaient déjà reconnues en 68 et dénoncées à l'époque par des medias moins sclérosés et moins vendue aux pouvoirs en place. Dénoncer est primordial mais pas suffisant. La naissance, dans l'édition et sur la toile, d'opinions subversives bien que cohérentes n'inquiète pas les stratégies des pouvoirs. Les réveils d'intelligence, les révoltes émotionnelles, la circulation d'une information plus objective n'altère pas la léthargie et la surdité volontaire des institutions. Choisir une marionnette ou une autre, au plan national, ne changera rien sur le fond. L'acte citoyen du vote est un leurre. L'abstention massive est la seule voie apte à faire entendre le cri de tous ceux qui n'ont rien à perdre...Il y a 3 milliards d'humains qui n'ont pas deux dollars par jour pour survivre. La politique? Il n'en ont rien à foutre!

 
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